Droit Immobilier

    Expulsion d'un locataire pour loyers impayés : la procédure complète étape par étape (2026)

    Un locataire ne paie plus son loyer ? Vous ne pouvez pas l'expulser vous-même. La loi impose une procédure judiciaire stricte, longue de 18 à 36 mois en moyenne. Ce guide vous présente chaque étape — du commandement de payer au concours de la force publique — pour agir efficacement sans commettre d'erreur.

    Rédigé par Maître Léa Scemama, avocate en droit immobilierMis à jour le 1er mars 2026Lecture : ~12 min

    Ce qu'il est formellement interdit de faire

    Face à un locataire qui ne paie plus, la tentation d'agir par soi-même est grande. Pourtant, la loi interdit formellement au bailleur de procéder à une expulsion sans décision de justice.

    DANGER

    Toute voie de fait est un délit pénal :

    • Changer les serrures du logement en l'absence du locataire
    • Couper l'eau, l'électricité ou le gaz
    • Déménager les affaires du locataire sans autorisation
    • Harceler ou menacer le locataire pour le pousser à partir
    • Pénétrer dans le logement sans l'accord du locataire

    Ces actes sont punis de 3 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende (art. 315-1 du Code pénal). De plus, le locataire pourrait obtenir des dommages et intérêts conséquents devant le tribunal.

    La seule voie légale pour récupérer votre logement est la procédure judiciaire d'expulsion, encadrée principalement par la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 et le Code des procédures civiles d'exécution (CPCE).

    Les motifs légaux d'expulsion

    L'expulsion d'un locataire ne peut être demandée que pour des motifs légalement reconnus :

    • Loyers et charges impayés — C'est le motif le plus fréquent. Le bailleur doit démontrer l'existence d'une dette locative certaine et exigible.
    • Défaut d'assurance habitation — Le locataire est tenu de s'assurer contre les risques locatifs. L'absence d'assurance peut justifier la résiliation du bail.
    • Troubles de voisinage — Des nuisances répétées et avérées (bruit excessif, dégradations) peuvent constituer un motif d'expulsion.
    • Non-respect des obligations du bail — Sous-location non autorisée, transformation du logement sans accord, usage non conforme à la destination prévue.
    BON À SAVOIR
    Dans la grande majorité des cas, la procédure d'expulsion est engagée pour impayés de loyer. C'est ce cas de figure que nous détaillons dans la suite de cet article.

    La procédure étape par étape

    Voici le déroulement complet de la procédure d'expulsion pour loyers impayés, telle qu'elle s'applique en 2026. Chaque étape est obligatoire et s'inscrit dans un calendrier contraint.

    0

    La phase amiable

    Variable

    Avant toute action judiciaire, il est fortement recommandé de tenter un règlement amiable. Envoyez une ou plusieurs lettres de relance (courrier simple puis recommandé avec accusé de réception) rappelant au locataire le montant de sa dette et l'invitant à régulariser.

    CONSEIL
    Conservez une copie de toutes vos relances. En cas de procédure, le juge appréciera vos efforts de conciliation. Proposez éventuellement un échéancier de paiement pour montrer votre bonne foi.
    1

    Le commandement de payer

    6 semaines

    Si les relances restent sans effet, vous devez faire délivrer un commandement de payer par un commissaire de justice (anciennement huissier). Cet acte officiel donne au locataire un délai de 6 semaines pour régler sa dette (délai porté de 2 mois à 6 semaines par le décret n° 2025-1052).

    Le commandement de payer doit viser la clause résolutoire du bail (article 24 de la loi du 6 juillet 1989). Il s'agit de la clause qui prévoit la résiliation automatique du bail en cas d'impayé.

    ATTENTION
    Le commandement doit être rédigé avec une grande précision juridique. Toute erreur de forme peut entraîner sa nullité et retarder la procédure de plusieurs mois.
    2

    Le signalement CCAPEX

    Immédiat

    Depuis la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, le commissaire de justice doit signaler l'impayé à la CCAPEX (Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions) dès la délivrance du commandement de payer.

    La CCAPEX examine la situation du locataire et peut proposer des mesures d'accompagnement social. Ce signalement est une étape obligatoire dont l'absence peut vicier la procédure.

    3

    L'assignation devant le juge

    2 à 6 mois

    Si le locataire n'a pas régularisé à l'expiration du délai de 6 semaines, le bailleur peut faire délivrer une assignation devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire.

    L'assignation doit être notifiée au préfet (pour l'information de la CCAPEX) au moins 6 semaines avant l'audience. Le délai entre l'assignation et l'audience varie de 2 à 6 mois selon l'encombrement du tribunal.

    BON À SAVOIR
    Depuis l'avis de la Cour de cassation du 13 juin 2024 (n° 24-70.002), le juge peut désormais accorder des délais de paiement allant jusqu'à 3 ans (contre 2 ans auparavant), ce qui peut rallonger significativement la procédure.
    4

    Le jugement d'expulsion

    1 à 2 mois

    Le juge peut rendre trois types de décisions :

    • Constater la résiliation du bail et ordonner l'expulsion
    • Accorder des délais de paiement au locataire (jusqu'à 3 ans) et suspendre la clause résolutoire
    • Rejeter la demande si la procédure est irrégulière ou le motif insuffisant

    Le jugement est généralement rendu 1 à 2 mois après l'audience. Il est signifié au locataire par commissaire de justice et peut faire l'objet d'un appel dans un délai de 15 jours (référé) ou 1 mois (fond).

    5

    Le commandement de quitter les lieux

    2 mois

    Une fois le jugement d'expulsion devenu définitif, le commissaire de justice signifie un commandement de quitter les lieux au locataire. Celui-ci dispose alors d'un délai minimum de 2 mois pour libérer le logement (art. L.412-1 du CPCE).

    ATTENTION
    Le juge peut, à la demande du locataire, accorder des délais supplémentaires de 3 mois à 3 ans pour quitter les lieux (art. L.412-3 et L.412-4 du CPCE), en fonction de l'âge, de l'état de santé, de la situation familiale et des efforts de relogement du locataire.
    6

    L'expulsion effective et le concours de la force publique

    2 à 6 mois

    Si le locataire refuse de partir, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de tentative d'expulsion. Le bailleur doit alors demander le concours de la force publique auprès du préfet.

    Le préfet a 2 mois pour répondre. En cas de refus ou de silence, l'État engage sa responsabilité et le bailleur peut demander une indemnisation pour le préjudice subi (loyers perdus pendant la période).

    CONSEIL
    En cas de refus du concours de la force publique, constituez un dossier solide documentant votre préjudice (loyers impayés, charges, dégradations). L'indemnisation par l'État couvre en principe l'intégralité des loyers non perçus.

    Délais et coûts récapitulatifs

    Voici un récapitulatif des délais et des coûts associés à chaque étape de la procédure :

    ÉtapeDélai minimumDélai maximum
    Phase amiable2 semaines3 mois
    Commandement de payer6 semaines6 semaines
    Signalement CCAPEXImmédiatImmédiat
    Assignation → Audience2 mois6 mois
    Jugement1 mois2 mois
    Commandement de quitter2 mois2 mois
    Concours force publique2 mois6 mois
    Poste de coûtFourchette basseFourchette haute
    Commandement de payer (huissier)300 €500 €
    Assignation (huissier + rédaction)400 €700 €
    Honoraires d'avocat1 500 €4 000 €
    Commandement de quitter (huissier)200 €400 €
    Expulsion (serrurier, déménagement)500 €2 000 €
    Frais divers (constats, copies)100 €400 €

    TOTAL estimé : 18 à 36 mois — 2 500 à 8 000 € minimum

    Hors loyers impayés non récupérés et éventuels dommages au logement

    La trêve hivernale

    La trêve hivernale interdit toute mesure d'expulsion du 1er novembre au 31 mars de chaque année (art. L.412-6 du CPCE). Cette protection s'applique automatiquement, sans aucune démarche du locataire.

    ATTENTION
    La trêve hivernale suspend uniquement l'exécution de l'expulsion. Les procédures judiciaires (assignation, jugement) peuvent continuer normalement pendant cette période. Il est donc stratégiquement pertinent de lancer la procédure avant la trêve pour ne pas perdre de temps.

    Exceptions à la trêve hivernale :

    • Squatteurs (personnes entrées par voie de fait dans le logement)
    • Locataire bénéficiant d'un relogement adapté à ses besoins
    • Expulsion ordonnée dans le cadre de violences au sein du couple
    • Logement situé dans un immeuble frappé d'un arrêté de péril

    Les locataires protégés (cas particuliers)

    Certains locataires bénéficient de protections renforcées qui compliquent — sans rendre impossible — la procédure d'expulsion. L'article L.412-5 du CPCE et l'article 15-III de la loi de 1989 prévoient notamment :

    Locataire de plus de 65 ans

    Le locataire de plus de 65 ans dont les ressources sont inférieures au plafond d'attribution des logements sociaux bénéficie d'une protection renforcée. Le bailleur ne peut lui donner congé qu'à condition de lui proposer un relogement correspondant à ses besoins dans le même secteur géographique, sauf si le bailleur est lui-même âgé de plus de 65 ans ou dispose de ressources modestes.

    Locataire de plus de 70 ans

    La protection est identique à celle des plus de 65 ans, mais les juges font généralement preuve d'une plus grande bienveillance dans l'octroi de délais supplémentaires, compte tenu de la difficulté accrue de relogement à cet âge.

    Locataire handicapé ou invalide

    Le locataire en situation de handicap ou d'invalidité bénéficie d'un traitement particulier lors de l'examen par le juge des délais pour quitter les lieux. Le juge prend en compte la difficulté spécifique de relogement et peut accorder des délais plus longs.

    Locataire malade

    Si le locataire justifie d'un état de santé grave, le juge en tient compte pour moduler les délais. Toutefois, la maladie seule ne fait pas obstacle à l'expulsion si la procédure est régulière.

    Locataire avec enfants

    La présence d'enfants mineurs est un critère que le juge prend systématiquement en compte, notamment pendant la période scolaire. Des délais plus importants sont généralement accordés pour permettre un relogement sans rupture de scolarité.

    Locataire HLM

    Le locataire d'un logement social bénéficie de dispositifs d'accompagnement spécifiques par le bailleur social. La procédure est similaire mais implique davantage les services sociaux et la CCAPEX.

    Location meublée

    La procédure d'expulsion pour une location meublée suit globalement les mêmes étapes que pour un logement vide, mais les délais de préavis et certaines modalités diffèrent (bail d'un an renouvelable au lieu de trois ans).

    Location sans bail écrit

    L'absence de bail écrit ne fait pas obstacle à l'expulsion. Le locataire est réputé bénéficier d'un bail verbal soumis à la loi de 1989. La clause résolutoire n'existant pas, le bailleur devra demander la résiliation judiciaire du bail, ce qui rallonge la procédure.

    Après l'expulsion : récupérer les loyers impayés

    L'expulsion du locataire ne met pas fin à la dette de loyer. Le bailleur dispose de plusieurs moyens pour recouvrer les sommes dues :

    • Titre exécutoire : le jugement d'expulsion condamne généralement le locataire au paiement des arriérés. Ce titre permet d'engager des mesures d'exécution forcée (saisie sur salaire, saisie bancaire).
    • Saisie sur salaire : le commissaire de justice peut procéder à une saisie directe sur le salaire du locataire débiteur, dans les limites fixées par un barème légal.
    • Saisie sur compte bancaire : une saisie-attribution peut être pratiquée sur les comptes bancaires du locataire.
    • Garantie Visale ou caution : si un garant (personne physique ou organisme) s'est porté caution, le bailleur peut se retourner contre lui.
    BON À SAVOIR
    Le délai de prescription pour le recouvrement des loyers impayés est de 3 ans à compter de chaque échéance impayée. Agissez rapidement pour ne pas perdre vos droits.

    FAQ — Questions fréquentes

    Vous êtes propriétaire confronté à des loyers impayés ?

    Maître Léa Scemama analyse votre situation et vous accompagne à chaque étape de la procédure.

    Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation est unique — consultez un avocat pour une analyse adaptée à votre cas.
    Maître Léa Scemama
    Maître Léa Scemama

    Avocate au Barreau de Paris — Miraï Avocats

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